La dernière terre, deux premiers tomes, par Magali Villeneuve

26 août 2014 par Lodael

Illustration Alexandre Dainche

Lorsque j’ai acheté « la dernière terre », le livre était présenté par l’éditeur sur le stand comme « le trône de fer français ». En démarrant la lecture, j’ai tout de suite été envoûtée par l’écriture magique et le style unique de Magali Villeneuve. Rares sont les auteurs, en particulier en fantasy, qui savent faire chanter les mots, tisser les rêves en leur donnant une consistance, maniant un langage soutenu sans alourdir le récit pour autant. En lisant les premières pages de la dernière terre, ce n’est pas au trône de fer que j’ai pensé, mais à Robin Hobb. Comme en découvrant « l’apprenti assassin », j’ai eu l’impression de recevoir une douche froide, de soulever un rideau pour arriver dans un univers inconnu que je devais explorer, et d’être surprise de la richesse que j’y trouvais. Je me suis dit « c’est le genre de chose que je voudrais écrire ». Comme dans le cas de l’apprenti assassin, la psychologie des personnages est très bien développée, ils acquièrent rapidement une profondeur et une humanité qui nous les rendent très proches. Cela tient notamment à leurs doutes et à toutes leurs imperfections. Ici, nul héros parti pour sauver le monde, nulle personnalité manichéenne, et l’on serait bien en peine de nommer le gentil et le méchant dans l’histoire: Ghent, le soldat modèle, irritant à force de perfection, tellement rigide qu’il semble incapable d’empathie ? Cahir, le ténébreux rebelle que l’on a tour à tour envie de consoler et de secouer pour lui faire ravaler sa fierté exagérée ? La trop sage Gayle, le fougueux et insupportable (mais néanmoins irrésistible) Feor ? Reghia, la fille modèle qui cache son jeu ? Même Nelgoth de Tilh, simplement tyrannique au premier abord, acquiert une autre dimension au fil des pages…

Tous ces personnages nous semblent si réels car ils se débattent dans un monde dont ils ne comprennent pas les tenants et les aboutissants, et sont pris, comme nous, dans la trame de leur propre vie et des évènements qui les dépassent. Dans cet univers, le mal est présent, obscurément tapis en bordure du récit, mais il n’est nulle part nommé, il rôde à la frontière de la conscience des héros, qui refusent d’admettre son existence avant d’y être contraints. Pas de grande croisade contre le Mal, donc, pas de puissant mage pour le contrer, juste, semble-t-il, des humains avec leurs contradictions et leurs faiblesses. En cela, l’univers peut également être comparé au « trône de fer », car la magie y est peu présente, restant en arrière-plan des conflits humains. Il faut enfin ajouter que l’action se déroule lentement, ce qui pourrait peut-être agacer certains lecteurs friands de batailles épiques et de rebondissements à chaque page. Pour ma part, ce qui me plaît est justement d’évoluer petit à petit dans cet univers, de progresser avec les héros qui prennent peu à peu conscience des mystères qui les entourent. Après deux tomes, j’attends donc la suite avec impatience et je me réjouis à l’avance de rouvrir la porte de cet univers et d’y retrouver tous mes personnages tels que je les ai laissés, afin de poursuivre avec eux cette aventure littéraire que je place au panthéon de mes plus belles lectures.

J’ajouterai un mot sur les créateurs de « la dernière terre », Magali Villeneuve et Alexandre Dainche. J’ai découvert leur travail d’illustrateurs à peu près en même temps que « la dernière terre », et je suis tombée sous le charme. On pourrait être jaloux de voir autant de talents se réunir ainsi chez certaines personnes, mais c’est impossible de leur en vouloir. En effet, lorsqu’on les rencontre en chair et en os, ce sont des gens adorables, disponibles et accessibles, d’une simplicité à toute épreuve ! Alors, on ne peut que se réjouir pour eux et leur souhaiter tout le succès du monde et longue vie à leurs projets…