Contes myalgiques – les terres qui rêvent, par Nathalie Dau

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28 août 2014 par Lodael

Illustration Magali Villeneuve

Nathalie Dau est une conteuse des temps modernes. Ou peut-être une fée, venue nous distiller des bribes de sa sagesse, des aperçus du monde magique dans lequel elle vit et que nous ne faisons qu’entrevoir. En tout cas, on ne peut ressortir indemne d’une plongée dans son univers peuplé de créatures fantastiques, rarement bienveillantes mais pas entièrement mauvaises non plus. Onirique et inquiétant, parfois burlesque, parfois sombre, ce monde qu’elle nous dévoile au fil des pages par la grâce de sa plume exquise ne peut que nous toucher. A la manière des mythes et des légendes qu’elle revisite avec délicatesse, ses contes éclairent le monde réel d’une façon bien particulière, de la lumière bleue des rêves de leur auteure.

Non, ses « contes myalgiques » ne sont pas pour les enfants, du moins pas pour ceux qui ont peur du noir et des créatures tapies dans l’ombre des rideaux. Ils sont pour ceux qui aiment les mythes et les légendes, mais aussi ceux qui se délectent d’une plume maniée avec habileté, pour ceux qui rêvent et pour ceux qui cherchent un sens plus profond dans les écrits. En d’autres termes, nul besoin d’être un fervent lecteur de « fantasy » ou de s’y connaître en « littératures de l’imaginaire » pour apprécier, car les écrits de Nathalie Dau auraient parfaitement leur place, à mon avis, dans les bibliothèques les plus « classiques ». Je la recommanderais d’ailleurs sans hésiter à mes ami(e)s littéraires dont les bibliothèques sont pourtant très différentes de la mienne… Il est tellement dommage de passer à côté de certaines perles sous prétexte qu’il s’agirait de littérature « genrée » (par opposition à la littérature « tout court », la seule qui vaille donc hélas aux yeux des enseignants académiques)… Mais je m’égare.

Pour parler plus précisément des contes myalgiques, dont j’ai lu le premier tome « les terres qui rêvent », il s’agit d’un recueil de nouvelles explorant différents folklores, nous emmenant de la Bretagne à la Provence en faisant un crochet par la Sibérie. Mais les nouvelles que j’ai le plus appréciées sont celles qui sortent des sentiers battus et des références les plus connues, et sont d’une originalité délectable. Je parlerai donc ici de « Faux pas », une nouvelle du folklore troll, où l’on suit un chaman paresseux et jaloux, un guerrier redoutable mais romantique, tous deux trolls pustuleux à souhait et verdâtres comme il se doit… Et je n’en dis pas plus, mais cette nouvelle est burlesque et absolument réjouissante. Mais je crois que j’ai encore préféré « Demain les trottoirs », un conte urbain où les rêves qu’un petit garçon des rues surnommé « Rat d’pavé » consigne dans son cahier violet deviennent réalité. C’est un peu une variante de l’histoire du voeux exaucé par un génie qui tourne mal, mais en plus subtil, avec une touche de modernité géniale.

Je pourrais broder encore mais je ne vais pas tout dévoiler. Du reste, j’attends de lire avec plaisir le deuxième opus des contes myalgiques, qui est a priori plus sombre, et me pencherai volontiers également sur le dernier roman de Nathalie Dau, « La somme des rêves »… Car, avec une telle plume, je trouve presque dommage de ne pas voir davantage d’histoires au long cours qui donneraient le temps de rentrer davantage dans un univers et dans la peau des personnages. Mais chaque chose en son temps. Pour l’heure, il importe avant tout que notre conteuse garde ses rêves intacts et sa plume acérée, malgré l’adversité, et nous réjouisse encore longtemps avec ses contes, ses fables, ou toute autre forme que sa muse lui inspirerait !

Une réflexion sur “Contes myalgiques – les terres qui rêvent, par Nathalie Dau

  1. […] féérique de l’auteure. Nous avions déjà parlé de certains de ses recueils de nouvelles, les contes myalgiques ainsi que le plus ancien Tangram. Ce nouveau livre s’inscrit dans la continuité des […]

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