Le lion à la langue fourchue (Les chroniques de Siwès, 2), par Lise Syven

22 septembre 2015 par Lodael

Illustration de couverture: Vincent Devault (Yogh)

Illustration de couverture: Vincent Devault (Yogh)

Je vous parlais il y a quelque temps de La guerrière fantôme, le premier tome des chroniques de Siwès. [Avertissement : cette chronique contient des spoilers du tome 1. Si vous ne l’avez pas lu, lisez plutôt la chronique susmentionnée et laissez celle-ci pour plus tard.] J’y avais trouvé un récit agréable, dans un monde dont j’ai aimé les créatures fabuleuses originales, des personnages attachants et une intrigue bien ficelée, avec une fin laissant présager beaucoup de rebondissements. J’avais donc hâte de lire la suite. Autant le dire tout de suite, Le lion à la langue fourchue, non content de tenir toutes les promesses du premier tome, passe selon moi dans la catégorie supérieure.

Pour commencer, il y a le rythme. J’avais éprouvé, pour le tome un, une petite difficulté à rentrer dans l’histoire, disons pendant le premier tiers du livre, malgré un univers très attirant et intrigant dès le départ. Cela est complètement oublié avec la lecture du tome deux, dont le rythme est palpitant dès les premières pages. De la Grande Guerre entre l’empire du Lluhan et le Cinquième Cercle, le premier livre nous avait montré les premières batailles. L’arrivée de Siwès, la guerrière fantôme, avait permis d’inverser le cours de la guerre, en persuadant les dragons d’intervenir, et de sauver Ispare du siège des Lluhaniens. La guerre, toutefois, était loin d’être gagnée. Le général Dessévaré, par sa perspicacité, avait sauvé une partie des troupes du Lluhan du feu destructeur des dragons, emmenant son fils Baxian. Le second tome s’ouvre donc sur une situation où les Lluhaniens, repliés dans une cité maudite, préparent leur contre-offensive. Et pour cela, si certains, comme Dessévaré, préféraient s’appuyer sur une armée « conventionnelle » et se battre loyalement, d’autres sont prêts à mettre en œuvre les pires maléfices, quitte à réveiller d’anciens pouvoirs destructeurs qui les dépassent. Et ceux-là, les sorciers noirs, ont l’appui de l’empereur…

L’ambiance, dans ce second tome, est d’emblée oppressante. Tadjal est prisonnier, le temps presse, mais Siwès ne peut plus revenir sur Ès comme elle le désire et incarner la guerrière fantôme. Ses forces ont été épuisées par ses multiples voyages hors de son corps. J’ai grandement apprécié le personnage de Siwès, auquel je me suis davantage attachée qu’au cours du premier tome. Peut-être est-ce le fait d’en savoir davantage sur elle, sur sa vie « normale » ? J’ai apprécié vivre avec elle ce dilemme, découvrir un peu plus sa « vraie » vie et notamment sa mère, assez peu évoquée dans le premier tome. Mais la situation est de plus en plus inextricable. À peine remise, elle risque à nouveau le coma pour tenter de sauver Tadjal. Et les choses ne se passent pas aussi facilement qu’auparavant, car elle a beau être la myrhe, la guerrière fantôme qui doit les sauver, ses alliés ont d’autres préoccupations, d’autres allégeances, et leurs propres conflits à surmonter.

On le voit, Le lion à la langue fourchue est assez sombre. Il tient en haleine le lecteur, qui se retrouve aux côtés de Siwès à chercher des solutions, à s’inquiéter de Tadjal et du cours de la guerre. L’intrigue est palpitante, et, malgré le nombre de pages très conséquent, le style est assez fluide pour qu’on le lise d’une traite, en quelques jours. Le récit est immersif, permet au lecteur de s’identifier autant aux personnages d’un camp que du côté opposé. Hormis les sorciers noirs et les meneurs, tous les personnages ont leurs motivations pour lesquelles il est aisé de ressentir de la compréhension, et leur personnalité propre, pour laquelle on a de l’empathie. Et le lecteur se retrouve donc à avoir autant de sueurs froides pour chaque camp, à courir au combat aux côtés des adiales tout en sentant monter l’angoisse chez les Lluhaniens retranchés, à voler aux côtés des dragons en ressentant la panique qu’ils provoquent chez les soldats du camp ennemi. On se prend à trembler pour Siwès tout autant que pour Olianne ou Baxian, Tomas et Tila, ou même Dessévaré, quelles que soient les ambiguïtés de certains de ces personnages.

En bref, le monde d’Ès est onirique et passionnant, la plume de Lise Syven de plus en plus fluide et poétique, et l’intrigue est magistralement menée. Tous les personnages ont pris une dimension plus réelle, plus vivante, que dans le premier tome où certains traits étaient seulement esquissés. Si l’on sentait du potentiel précédemment, toutes les promesses sont tenues, et au-delà. Ce deuxième opus démarre au cœur de l’action, et le rythme ne fait que s’accélérer, jusqu’au final grandiose qui laisse le lecteur pantelant… et demandant avec impatience une suite, et d’autres occasions de revenir dans le monde d’Ès et de le parcourir à dos d’adiale.