Aqua™, par Jean-Marc Ligny

25 octobre 2015 par Sylfraor

Illustration par ManchuScience-fiction ou juste un peu de pessimisme sur le devenir climatique de notre Terre ? Ce roman n’est pas du genre à vous donner le moral et à vous convaincre que l’humanité est sur de bons rails. Premier volet d’un triptyque sur l’avenir écologique, le roman s’ouvre sur une grosse catastrophe aux Pays-Bas, qui vont être recouverts brutalement par la mer du Nord lorsque la grande digue aura sauté.

Il faut dire que l’eau n’est plus vraiment notre alliée, la mer étant fortement montée après à la fonte des calottes glaciaires tandis que les grandes réserves d’eau douce se sont évaporées, en particulier au Burkina Faso où la population meurt de soif. Mais de par le monde, on s’enrichit maintenant mieux avec l’eau qu’avec le pétrole. D’ailleurs, la part des riches ne fait que croître et le mode de vie occidental n’existe plus que pour certains, dans des enclaves privilégiées et protégées.

Dans ce contexte des conséquences désastreuses de l’évolution climatique, nous suivons plusieurs personnages dans une quête pour l’eau au Burkina Faso. D’un côté, des humanitaires : une Française qui en a marre de prendre l’eau deux fois par jour dans sa maison de Saint-Malo et un réfugié hollandais qui a perdu sa famille lors de la grande catastrophe. Ils vont prendre la route dans un camion à essence, puisque les pays du Sud n’ont pas accès à des solutions plus modernes comme les moteurs à hydrogène, pour aller aider le Burkina, sa présidente incorruptible et ses deux fils. D’un autre côté, une énorme entreprise « familiale » dont le dirigeant actuel, troisième de sa lignée, gère d’une main de fer son taux de profit, ses conquêtes et sa maison.

L’histoire se teinte de couleurs africaines et d’un peu de fantastique par-ci par-là, mais est surtout l’occasion de voir les conséquences qui arriveront bientôt dans le cas où le climat continue à évoluer. Le lecteur parcourt le monde, France, Pays-Bas, États-Unis d’Amérique, Burkina Faso, Nassau, mais rarement la situation sera positive, avec une forte disparité entre la place des plus riches et celle des autres. Le rapport de force entre ONG et multinationales est édifiant et le contraste d’influence entre une présidente élue en Afrique et un chef d’entreprise soutenu par la CIA fait grincer des dents.

Aqua™ m’a plu, exprimant des craintes que nous partageons pour notre avenir dans une histoire bien menée, riche en personnages et en conflits. J’ai moins aimé son dénouement, d’abord parce que l’œuvre est longue et que si le rythme est bien géré, la fin tarde un petit peu, ensuite parce que j’ai regretté qu’il n’y ait pas finalement de propositions concrètes pour changer la trajectoire. Le tableau dressé est toutefois très juste, à la fois dans l’écriture, qui pose très bien ce décor, et dans le contenu. Ce qu’Aqua™ décrit touche beaucoup ceux qui ont eu l’occasion de s’intéresser à ces questions. Espérons que nous nous donnions les moyens que ce roman ne soit finalement que de la SF.

J’écris cette chronique sur un texte un peu ancien, d’abord parce que j’ai du retard à la lecture, et ensuite pour suivre la sortie du troisième volet maintenant en librairie : Semences chez l’Atlante toujours.