Le roi des Fauves, par Aurélie Wellenstein

14 mars 2016 par Sylfraor

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Couverture par Aurélien Police

Rapporté dans nos valises depuis les Imaginales de l’an passé, j’ai enfin pris le temps de lire le roman d’Aurélie, le Roi des Fauves. Pourtant, ça se lit très vite, en une seule nuit pour les jeunes, en deux nuits pour moi, car avec un bébé, le sommeil est précieux.

Chez Scrinéo, présenté pour les jeunes adultes plutôt que pour les jeunes parents, j’y retrouve les caractéristiques que j’avais également trouvées dans le Premier de Nadia Coste par exemple, avec un style simple, ne cherchant ni la mélodie des mots ni la poésie des descriptions, et avec des personnages assez typés dans leur caractère. Cette simplicité n’est toutefois pas pauvreté puisque le texte ne s’enfonce pas seulement dans l’action et qu’il construit le décor qui parvient à être un élément central d’une bonne partie du récit. Une des réussites est d’arriver faire ressentir une immense forêt accidentée et froide, perdue dans le Grand Nord, comme un huis clos pour un groupe restreint de protagonistes.

L’histoire, ce sont trois amis, Ivar, Kaya et Oswald, manifestement de niveau 1, qui partent braconner, car le village subit une famine implacable. Toutefois, un seigneur local va les surprendre, accompagné d’un berserkir. Et ils vont vivre un premier contact avec un de ces êtres mi-hommes et mi-bêtes, mais implacablement dangereux. À l’issue d’une première étape de leur initiation, les trois amis se retrouvent accusés devant le haut-roi et ils se voient condamner à ce qu’il y a de pire. La mort ? Non, la perte de leur humanité.

Le cœur du récit est donc le supplice infligé à un groupe de condamnés. Recevoir un parasite qui va altérer le corps et l’âme pour y ajouter une bête qui va progressivement prendre le dessus sur l’homme. S’ils sont relâchés, derrière une barrière de runes fermant une région entière, c’est qu’il est trop dangereux pour les humains de reste à proximité tant que la transformation n’est pas achevée ou que la mort ne les a pas trouvés. Dans quelques jours, les chasseurs vont faire une rafle dans la forêt, après les transformations, pour capturer le fruit de cette transformation, les berserkir. Mais des visions apparaissent après avoir ingurgité le parasite. Ce Roi des Fauves, s’il existe, pourrait-il quelque chose ?

Comme je le disais, la simplicité des personnages et du style ne sont pas une faiblesse. Les descriptions simples et factuelles des souffrances, des transformations et des affrontements rendent très bien la nature sauvage des lieux comme des héros. L’avancée des jours conduisant à l’inévitable est oppressante, car jamais les protagonistes n’oublient l’échéance, mais chacun vis dans l’appréhension et ce temps limité parait se dilater à mesure qu’il s’écoule.

Le roi des Fauves propose une aventure froide, cruelle où les héros ne sont pas ménagés. Il pose comme décor un monde peu rassurant, où la sécurité n’existe pas, où la bête tapie au fond de chacun ne demande qu’à sortir. Toutefois, est-ce la bête qui est la plus à craindre ?