Le cycle d’Alamänder, par Alexis Flamand

20 mars 2015 par Lodael

Illustration Alexandre Dainche

Illustration Alexandre Dainche

Parlons un peu fantasy humoristique, pour changer. Après tout, c’est hélas d’actualité, avec la disparition de Terry Pratchett, monument du genre. Heureusement, La Mort n’aura pas le dernier mot, et l’esprit du grand Terry Pratchett est encore bien vivant, grâce à des auteurs comme Alexis Flamand.

Le cycle d’Alamänder, c’est une saga en cinq tomes, dont quatre sont parus. C’est un monde foisonnant, aux créatures improbables, telles que les skorjs, poulpes géants de combat servant de montures aux soldats, et aux végétaux plus dangereux que toute la faune réunie. Un monde où les paysans fauchent les blés au péril de leur vie, où la magie prend des formes étonnantes, parfois bien proches d’un programme informatique, et où la principale activité des démons semble être de rendre la vie impossible aux humains en faisant mourir de rire le lecteur. Ne croyez surtout pas la quatrième de couverture qui vous induirait en erreur en vous faisant croire que le héros du livre s’appelle Jonas Alamänder, questeur de son état, c’est-à-dire un magicien spécialiste dans la résolution d’enquêtes criminelles. En réalité, le héros du cycle s’appelle Retzel. Il s’agit d’un démon mineur invoqué par erreur par Jonas qui, en guise de punition pour son invocation ratée, doit le garder depuis en tant que domestique. Celui-ci, lorsqu’il n’est pas occupé à manger tout ce qui lui tombe sous les crocs, s’ingénie à détourner les ordres de son « maître » en les interprétant jusqu’à l’absurde. La valise à fleurs remplie exclusivement de chaussettes pour partir en voyage et traverser le continent n’est qu’un exemple parmi d’autres. Retzel est insupportable pour tout le monde, se met — et son maître avec lui — dans des situations impossibles, et s’en sort d’une pirouette sans que l’on ait compris comment.

Mais le cycle d’Alamänder n’est pas qu’une suite de gags et de péripéties loufoques, ni qu’un prétexte à glisser des jeux de mots scandaleux(sement drôles) ici et là. Non content d’avoir fait preuve de tant d’originalité dans l’invention de son univers, l’auteur démontre également sa maîtrise parfaite de l’intrigue, du suspense et des rebondissements. En effet, pour sauver sa peau, notre questeur est appelé à résoudre différentes affaires de crime et d’espionnage qui sont menées avec maestria. Si le premier tome est axé sur la résolution d’une enquête, les suivants nous emmènent de plus en plus dans un tourbillon d’évènements incontrôlables où les batailles et les invasions se succèdent. Différents éléments de compréhension du monde d’Alamänder se mettent en place… jusqu’à la fin du tome 4, dont les révélations ne peuvent laisser le lecteur indifférent.

Après ce bel aguichage, pour employer l’équivalent français de « teasing », il me faut conclure cette chronique. Le cycle d’Alamänder est pour moi un pilier, que dis-je, un monument de la fantasy humoristique. J’en ai apprécié et dévoré tous les tomes parus. Dévoré, dis-je, peut-être un peu vite, car le rythme haletant ne laisse guère au lecteur le temps de respirer. C’est peut-être là la seule critique que je ferais, si tant est que cela en soit une. Les séquences d’action sont longues et s’enchaînent pratiquement sans pauses. Comme l’intrigue est prenante, le seul inconvénient qui en découle est de ne pas arriver à lâcher le livre avant la fin. J’ai ressenti cette impression principalement pour les tomes deux et trois, un peu moins pour le quatrième qui alterne peut-être davantage des séquences différentes. Et, bien sûr, j’attends avec impatience le tome cinq, qui a intérêt à être à la hauteur de tout cela pour conclure en beauté le cycle !

Encore une petite chose. Je souhaite rassurer le potentiel lecteur : ne croyez pas ce qu’en diront certains, la lecture d’Alamänder n’entamera pas vos facultés mentales. Vous en sortirez parfaitement indemnes, j’en suis témoin. Bon, sur ce, je vous laisse, j’ai mon skorj familier à sortir.