Martyrs, livre 1, par Olivier Peru

25 avril 2015 par Lodael

Illustration Olivier Péru

Illustration Olivier Péru

À force d’entendre des compliments sur ce livre, je me suis enfin décidée sur une inspiration, comme bien souvent, à en lire les premières lignes… Et je dois dire que j’ai été complètement happée par l’histoire, et n’ai pu lâcher le livre jusqu’à la dernière page.

Il ne s’agit pas seulement d’une aventure bien racontée, pleine de suspense et de rebondissements. Il s’agit d’un de ces livres qui posent un univers si réel, si précis et fouillé qu’il prend tous les reliefs de la réalité. On y plonge avec le sentiment d’entrer dans un véritable monde parallèle, où l’on espère avoir de nombreuses heures de lecture à passer tant il recèle de facettes à explorer.

Olivier Peru réussit le tour de force de donner une quantité impressionnante d’informations sur l’histoire de son monde et sa géopolitique, sans jamais perdre le lecteur ni l’ennuyer. Il distille savamment ses informations en alternant présent et passé et en se focalisant tantôt sur l’aventure, tantôt sur la psychologie et l’introspection des personnages. Il nous prend par la main pour comprendre son univers de façon détaillée, tout en présentant les personnages principaux et en posant tous les ingrédients pour une intrigue d’envergure. On sent d’emblée qu’il sera sans concession ni pitié envers ses héros. Cela dit, comme le faisait justement remarquer mon cher et tendre coblogueur, l’auteur annonce clairement la couleur dans le titre : « Martyrs », cela ne présage pas que de bons moments pour les protagonistes de l’histoire.

Les héros sont deux assassins, Irmine et Hellbrand, deux frères aux yeux d’or issus d’un peuple guerrier pratiquement exterminé voilà deux générations. Leur race leur confère des pouvoirs particuliers, tels que voir dans l’obscurité, et des talents exceptionnels au combat. L’histoire débute sur une mission banale, au cours de laquelle l’un d’eux reçoit ce qu’il interprète comme un présage de sa propre mort. Cela sera le point de départ d’une quête au cours de laquelle ils seront pris malgré eux dans la trame d’évènements qui les dépassent. Un mystérieux borgne croisera sans cesse leur chemin, semblant prédire à la perfection leurs actions, et leur laissant des messages sous forme de cartes de tarot. D’assassins tapis dans l’ombre, ils deviendront protecteurs d’une princesse prisonnière de son propre château. Et un implacable tueur au cœur de pierre se transformera en amoureux éperdu et tragique.

L’histoire s’attache également à la psychologie et aux faits et gestes de Karmalys, roi du Reycorax où se déroule l’intrigue. Ce roi tout-puissant, manipulateur et cynique, est lui aussi prisonnier de son propre corps, énorme et repoussant. N’ayant pas choisi de régner, il s’attache pourtant à œuvrer de son mieux pour ce qu’il considère être le bien du royaume. Malgré tout ce que l’on apprend de ce roi implacable et sans pitié, il est impossible de ne pas éprouver de l’empathie, si ce n’est de la sympathie, pour cet homme si seul et, par certains côtés, paradoxalement si faible. Enfin, Kassis, souveraine d’une cité qu’elle n’a jamais pu admirer que de loin, prisonnière dans son château par la force d’un traité de paix signé avant qu’elle ne soit venue au monde, prend également de l’importance au fil du récit. Bien que tout la pousse à n’être rien de plus qu’une poupée sans volonté et à s’oublier dans les plaisirs simples qui lui sont accordés, elle est exactement l’inverse. Si elle a les rêves d’une jeune fille de seize ans et la naïveté d’une personne n’ayant aucune expérience du monde, sa volonté est d’acier, sa rage est immense et son intelligence ne fait aucun doute.

L’intrigue mêle avec brio le destin de ces différents personnages, tissant ensemble les fils de leur histoire avec la trame plus globale d’un royaume où l’agitation grandissante semble inéluctablement mener à la guerre. Les deux premiers tiers du livre sont prenants et font avancer les différents pans de l’histoire de façon régulière, tout en nous permettant de nous immerger dans l’univers et dans la psychologie des personnages. Vers la fin, cependant, tout s’accélère, jusqu’à précipiter dans les derniers chapitres tant de révélations et de rebondissements que l’on sort de ce premier tome le souffle court, encore sous le choc. Car, si quelques retournements de situation pouvaient se deviner, il est tout simplement impossible d’anticiper certains évènements qui adviennent. L’histoire prend une tournure tout à fait inattendue. Cela présage d’un deuxième tome encore plus riche en intrigues. Il me faudra un peu de temps pour me remettre de la fin du premier tome, mais, passé ce cap, je ne doute pas d’apprécier tout autant la suite de l’histoire. Je vous le dis, cette saga s’annonce épique et grandiose !