La chimère aux ailes de feu, par Li-Cam

13 mai 2015 par Sylfraor

La chimère aux ailes de feu

Illustration de Bruno Leray

Voilà, encore une fois, je prends le risque de faire la chronique d’un recueil de nouvelles. Comme toujours, l’exercice est compliqué, car tous les textes ne donnent pas la même impression ou le même ressenti. Toutefois, ici, l’ensemble des textes est très cohérent grâce à un fil qui permettra de bien relier les éléments des nouvelles pour former un tout.

Ces textes ont tous des points communs. À chaque fois, il s’agit d’une enquête, d’une énigme à résoudre ou d’un danger à neutraliser. Cela donne un côté polar indéniable. Ensuite, il y a une forte dose de fantastique puisque nombre de personnages, généralement les enquêteurs, mais parfois aussi les suspects, ont des pouvoirs sur les émotions d’autrui. Ils peuvent lire les émotions, les analyser, voir les altérer. On appelle ces mutants les empathes. Tous n’ont pas la même intensité dans leurs pouvoirs et chacun le manifeste de façon différente.

L’un des héros, Virgo, voit ainsi les auras des gens. Il sait reconnaître de façon subtile, par la couleur ou les couleurs qu’émettent les gens s’ils sont heureux, s’ils sont déprimés, en colère ou amoureux. Bref, il lit dans leur aura ce qu’il a besoin de savoir. Une autre héroïne a le don d’associer à chaque personne une musique, dont le thème révèle les émotions. Le Golem, lui, a besoin d’un contact tellurique pour comprendre les personnes, mais aussi les lieux, pouvant ainsi ressentir un drame vieux d’un siècle sur le sable d’une plage.

Un autre élément notable de ce tissage de récits est l’inclusion de quelques vers du poète Jefferson di Nostradonna qui est le premier et le plus connu des empathes. Ces morceaux de poésie parviennent spontanément à l’esprit de Virgo, d’abord très sporadiquement, puis de plus en plus souvent. Ces incises contribuent au climat particulier que nous ressentons à la lecture.

Le côté morcelé du recueil permet de faire avancer la narration et de camper plusieurs personnages. Les écarts de lieux et de temps sont beaucoup plus simples à gérer en sautant d’une nouvelle à l’autre qu’en prenant un seul récit unique. Cela permet de poser des jalons au fil des nouvelles et d’arriver ainsi à un dénouement qui est plus pertinent que s’il avait été soit hâté dans un récit contraint dans le temps, soit rendu artificiel par un hachage du temps peu naturel.

Li-Cam réussit bien ce pari, avec un recueil très réussi, qui mêle le polar et le fantastique. La montée en puissance d’un héros aux pouvoirs qui le dépassent se conjugue à sa difficulté à se sentir vivant tant il est distancié des émotions humaines. Les premières nouvelles sont intéressantes par l’exploitation du pouvoir du héros. Les suivantes exploitent bien la montée en puissance de celui-ci ainsi qu’une partie de révélations de son passé. Les interludes avec d’autres empathes sont bien gérés. Je suis un peu plus réservé sur le final, je n’ai pas complètement adhéré aux révélations de celui-ci, sans que cela ne gâche mon plaisir ou me dissuade de recommander cette lecture.

Atypique par son format, ce recueil est agréable et rapide à lire, il exploite très bien un concept intéressant qu’est l’empathie vue de façon fantastique, et comme en plus l’écriture est de qualité, je recommande à ceux qui veulent passer un bon moment de lecture d’aller y jeter un œil. Le texte existe d’ailleurs en version numérique pour ceux qui veulent vite aller y goûter.