Omale, par Laurent Genefort

15 mai 2015 par Sylfraor

Illustration Manchu

Illustration Manchu

J’ai découvert le travail de Laurent Genefort aux rencontres de l’imaginaire de Sèvres et j’en ai rapporté la jolie édition de chez Denoël qui est superbement illustré par Manchu. Attention, le vaisseau représenté ne représente pas du tout le niveau de technologie sur Omale, où les déplacements aériens se font en ballon dirigeable.

Omale, c’est un monde où l’horizon donne à voir très loin tellement il est immense, sans qu’aucune courbure n’apparaisse. C’est un monde où trois espèces différentes cohabitent, avec plus ou moins de frictions, chacune ayant ses cultures, ses religions et ses opinions minoritaires. Chaque espèce (ou Reh) a ses caractères physiques propres et un mode de pensées spécifique.

Le roman parle de six personnages qui vont avoir des chemins convergents. Tous ont été invités à se rendre à une même destination. La rencontre se fera à bord d’un de ces grands dirigeables partant pour des mois de périple.

Avec les aléas du voyage, nous apprenons à connaître les humains, mais aussi les chiles et les hodqins. Les éléments nous sont livrés au fil du texte, ce qui est parfois déroutant puisque notre imagination va devoir se réajuster durant le roman pour avoir une meilleure idée de ce à quoi ils ressemblent. En plus de mieux comprendre Omale, sa technologie déclinante, ses ressources rares et surtout son immensité, nous avons l’occasion de mieux connaître le passé de chacun des six personnages. Ces récits sont le moyen de raconter les relations au sein d’une Reh ou entre les Rehs. Elles permettent de montrer comment chacun peut asservir son prochain, entrer en guerre contre lui ou simplement comme il est difficile pour deux cultures de se comprendre. Le texte n’est pas dénué de critiques, avec notamment des religieux dogmatiques, des conflits entre une société patriarcale et une femme de pouvoir ou un conflit entre le scientifique désintéressé et le cruel pragmatisme.

Le style est très lisible, bien écrit et très clair. Par contre, comme une effeuilleuse parisienne, les éléments se révèlent lentement et jouent parfois avec notre patience. Le rythme est à la mesure de l’immensité d’Omale : on ne traverse pas ce récit en quelques minutes de voyage et il faut donc profiter du chemin. C’est d’ailleurs aussi l’impression générale après la lecture, car le récit est plus intéressant dans ses digressions racontant le passé de ses personnages que dans sa trame principale. Il ne faut pas chercher dans ce roman un grand dénouement, mais bien se rendre compte de l’immersion dans un référentiel riche et différent que nous avons vécu dans cette lecture. J’ai personnellement beaucoup aimé l’univers et le ressenti que le texte m’a donnés de celui-ci. Et comme Laurent m’a promis que le rythme des autres romans sera plus élevé et que chacun de ses lecteurs confirme avoir préféré les suites à ce premier opus, je devrais revenir sur Omale dans quelque temps.