La Volonté du Dragon, par Lionel Davoust

16 juin 2015 par Sylfraor

Illustration Cyrielle Alaphilippe

Illustration Cyrielle Alaphilippe

Des fois, un thème est dans l’air du temps. Voilà ma seconde chronique d’un roman sur le thème du jeu d’échecs, après ZugZwang.

J’ai découvert l’univers de la Volonté du Dragon, Évanégyre, dans une nouvelle publiée dans la revue Mythologica, posant déjà bien les lignes que nous retrouvons dans ce roman.

Cet univers possède une épaisseur grâce à la précision et la richesse des éléments décrits. En résumé, un continent entier vient de connaître la pacification bienveillante par un empire. Celui-ci  rappelle fortement l’Empire Romain dans sa volonté d’assimiler le reste du monde, quitte à utiliser la force militaire pour obtenir la Pax Romana. Ce peuple, contrairement aux autres, dispose d’une technologie avancée, basée sur les cristaux-vapeurs, qui lui donne une avance considérable dans l’armement : exoarmures et cuirassés contre des armes médiévales classiques et des navires de bois.

L’histoire, c’est la rencontre entre une petite monarchie de droit divin, avec sa lignée de rois consanguins et sa cour, et bien sûr l’Empire qui arrive sur ce nouveau continent pour établir les bases de sa conquête pour le bien de tous. Le point de départ est une dernière négociation préliminaire à une grande bataille. Le généralissime d’empire propose une réddition sans faire couler le sang, sûr de l’emporter, tant par le nombre que par la puissance de son armée. Toutefois, le diplomate en face ne cille pas, persuadé que les lois de l’univers leur donneront raison. Il advient qu’en fin de ces négociations, alors que la bataille est maintenant inévitable, le roi et le généralissime vont s’affronter sur une relique ancestrale de ce peuple, un jeu de pions semblable aux échecs. Ce jeu sera un média, subtil, traître et implacable pour que les deux hommes s’affrontent, mais il faut se méfier des conséquences de jouer sur un vieil artefact, surtout lorsque la bataille fait rage dehors..

Ici, le jeu est une métaphore de la guerre et de la stratégie, mais aussi de l’abstraction et de la représentation d’une réalité plus complexe. Il souligne aussi l’écart entre la guerre des stratèges, faite de mouvements, de prises de positions et de rencontre entre unités, et celle des troupes faites de sueur et de sang.

J’ai beaucoup aimé l’univers de ce roman, la représentation de l’empire et sa technologie en complet décalage avec le reste des autres nations. J’ajoute que l’écriture est très efficace, avançant bien dans le récit tout en posant le décor par des descriptions bien choisies. En effet, Lionel ne décrit que peu d’éléments, mais toujours ceux qui sont visibles de la caméra, ce qui est le principe du décor réussi.

En conclusion, c’est un roman très bien écrit, où chaque élément et chaque personnage ont été soigneusement mis en scène. La guerre est une partie entre puissances politiques antagonistes, militairement et philosophiquement, où chaque pion peut saigner et mourir, laissant une vie et une histoire derrière lui.