L’héritière, par Jeanne-A Debats

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11 novembre 2015 par Lodael

Illustration de couverture: Damien Worm

Illustration de couverture : Damien Worm

Jeanne-A Debats fait partie de ces auteurs inclassables, protéiformes, dont chaque livre est une nouvelle surprise, et chaque personnage un être à part, sans la moindre trace de stéréotype ou de facilité. Avec Plaguers, elle nous emmenait dans un monde de science-fiction post-apocalyptique passionnant et déroutant. Dans L’héritière, elle s’attaque au genre de la fantasy urbaine, avec ses personnages bien classiques de vampires, sorcières et loups-garous. Seulement voilà, c’est Jeanne-A Debats. Par conséquent, aucun cliché, aucun archétype ne peuvent passer entre ses mains sans se faire découper et recracher avec une bonne dose de second degré, pour le plus grand bonheur du lecteur. Car ce qui en ressort est un roman absolument jouissif.

La première rencontre avec Agnès, notre héroïne, se fait dans des circonstances plutôt étranges, puisque le livre démarre lorsqu’elle tente d’escalader les grilles du cimetière du Père Lachaise, en escarpins, la nuit de la Toussaint, complètement beurrée. Mais c’est normal : Agnès descend d’une lignée de sorcières, et son pouvoir (qu’elle vit plutôt comme une malédiction) est de sentir les fantômes. Or, des fantômes, il y en a pratiquement partout : à part dans quelques endroits magiquement protégés, il y a toujours des esprits qui peuvent rôder pas loin. Agnès, jusque-là, a donc vécu en recluse, protégée et éduquée par sa sorcière de mère… Qui vient de décéder brusquement, comme le reste de sa famille. Je ne vous explique pas davantage le pourquoi du comment de la géniale scène du Père Lachaise, ne voulant pas gâcher l’un des meilleurs passages du roman. Sachez seulement qu’Agnès, qui a une sacrée personnalité malgré une histoire personnelle qui devrait plutôt en faire une introvertie neurasthénique, ne compte pas se laisser abattre. Elle est bientôt recueillie par un oncle mystérieux, qui l’introduit dans un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence.

Car le tonton est un peu spécial, lui aussi. C’est un notaire d’un genre un peu particulier : il officie exclusivement pour les créatures de l’AlterMonde, de type vampires et loups-garous par exemple. Agnès, qui devient son apprentie, fait rapidement la connaissance de Navarre, un vampire très beau, très bisexuel, adorant les comics, la dérision, voler la nuit au-dessus des toits de Paris, et boire le sang (mais seulement de ses congénères). Elle rencontre également Zalia, dont les principales caractéristiques sont, en apparence, de passer son temps à se vernir les ongles et de ne jamais résister aux jeux de mots les plus pourris. Pourtant, Zalia est une sirène, et, dans un moment d’inattention, il peut lui arriver de noyer des jeunes filles. Enfin, Agnès découvre avec effarement que les différents quartiers de Paris sont les territoires de meutes de loups-garous, plus ou moins mêlées à la pègre locale.

Sous couvert d’une chasse au méchant vampire, un pervers qu’il faut arrêter car il devient trop gênant (même s’il s’agit du fiston de la reine du Cénacle), Jeanne-A Debats en profite surtout pour jouer avec une galerie de personnages hauts en couleur. La rivalité entre vampires et loups-garous, que l’on a l’habitude de voir prendre place dans les grandes villes américaines, se transpose avec bonheur dans le folklore parisien. Les décors et les dialogues contribuent à créer une atmosphère décalée, celle d’un Paris déjanté, gothique, dangereux et savoureux. En résumé, si vous êtes fan de bit-lit et d’un certain vampire qui brille à la lumière du jour, passez votre chemin. En revanche, si vous aimez les atmosphères décalées, les personnages surprenants, et que des jeux de mots foireux ne vous font pas peur (voire, vous font plutôt rire, avouez-le), alors, ce livre est fait pour vous. L’intrigue est bien menée, avec la juste dose d’action, de rebondissements bien maîtrisés, et même une pincée de romance (sans pathos, faut pas déconner, non plus).

Je dois enfin signaler que, pour mon plus grand bonheur, Navarre a connu d’autres aventures dans plusieurs nouvelles, et qu’un roman, Métaphysique du vampire, est paru tout récemment aux éditions ActuSF également. J’espère pouvoir vous en parler bientôt !

Une réflexion sur “L’héritière, par Jeanne-A Debats

  1. […] le second roman du genre que j’ai lu et aimé en peu de temps. Je vous parlais il y a peu de L’héritière, de Jeanne-A Debats. Si ce dernier était plutôt humoristique et second degré, la saga dont je […]

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