Louis le galoup, par Jean-Luc Marcastel

26 mars 2016 par Sylfraor

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Illustrations et couverture par Jean-Mathias Xavier

 

Voici un roman jeunesse que j’ai eu plaisir à lire en revenant du salon fantastique. Si je suis maintenant bien grand et que je trouve la trame simple et évidente, j’ai découvert là une histoire que j’aurais aimé lire étant encore dans ma verte enfance et que j’aimerai faire découvrir à notre petit dragonneau lorsqu’il aura appris ses lettres.

Avant même d’ouvrir l’ouvrage, l’édition de ce livre est très réussie, avec une apparence magnifique à l’œil mais aussi au toucher. La texture de la couverture est un plaisir et pour une fois, je ne râle pas de n’avoir pas de version numérique du texte. L’intérieur est joliment mis en page, avec des illustrations crayonnées, des culs de lampes et des lettrines. Tout cela contribue à poser une ambiance médiévale avant d’avoir lu le premier mot. Ne risque-t-on pas de pousser nos têtes blondes vers le jeu de rôles avec de pareilles publications ?

En bonus, si vous croisez Jean-Luc sur une rencontre littéraire de par la France, vous aurez certainement un embossage à la poudre d’or et à quelques mots calligraphiés avant de tourner les pages.

Mais si le plumage donne des a priori, c’est le ramage qui fait le livre. Dans le cas présent, l’auteur ne chante pas exactement, mais il propose une narration qui est quasiment orale. Le narrateur nous parle, il nous interpelle, il partage avec nous sa vision du monde. La lecture est donc très accessible pour les dragonneaux mais très plaisante pour les grands comme moi. En effet, si plus loin il sera question de créatures dangereuses, de biens mauvais tyrans ou de mystérieuses failles, le ton et les digressions rendent le récit d’un optimisme à faire fuir un parisien.

L’histoire en elle-même n’est qu’un commencement dans ce premier tome. C’est le début de l’initiation de Louis à la réalité d’un monde uchronique, où la terre de France a été brisée, séparée par la Brêche qui a isolé le sud qui est devenu l’Occitania. Les maljours sont cette période sombre qui commence lors du cataclysme, où froid et bestes ravagent les landes et qui finissent lors de l’unification de ces terres de langue d’Oc. Plusieurs siècles après, dans un village reculé du Cantal, chacun mène une vie dure mais faite de routines, loin de l’agitation de Tolosa. Toutefois, une malbeste va rôder par là bas, provoquant des bouleversements dans la vie de Louis.

Si évidemment il ne s’agit pas d’un récit historique, on accepte volontiers les frimas de ce village comme la vie quotidienne dans le Cantal médieval. Les éléments surnaturels y paraissent évidents puisqu’ils sont expliqués au jeune Louis dès lors que la paix du village est dérangée et qu’il va devoir comprendre ce que signifie être un Galoup.

La simplicité de la trame et la narration font que la lecture est très rapide, à peine a-t-on commencé à tourner les pages que nous sommes déjà à la fin. Enfin, dans des recettes de cuisines en postface car il faut avoir le ventre bien plein avant d’envisager de descendre vers Aurillac affronter d’autres galoups.

Pour l’homme de banlieue que je suis, de fait et non de cœur, c’est un plaisir d’entendre, en arrière plan du récit, un Jean-Luc nous exposer son amour pour sa terre et son terroir, pour ce lieu et ce temps si lointain de la vie que je mène. Mes poumons se décrassent rien qu’à l’évocation de Louis, Séverin et Margot marchant dans les sous-bois. Et c’est sans honte que je vais redevenir enfant pour quatre autres volumes dès que possible, car des fois, il fait bon rêver être le héros blanc contre la bestialité de l’ombre.