L’Héritier de Clamoria, par Benedict Taffin

23 février 2017 par Sylfraor

Ce n’est pas seulement pour faire mentir la dédicace où Benedict affirmait que je n’aurais pas le temps de faire une chronique que je m’assois devant mon clavier. C’est avant tout parce que ce livre mérite d’être découvert largement. (Et puis, je ne suis jamais en retard sur mes chroniques ! Ou si peu…).

1467099990L’Héritier de Clamoria propose une enquête alliant les codes du roman policier à un décor de space opera. Un détective d’élite se rend sur une planète pour y retrouver un prince héritier disparu. À première vue, cela promet une enquête à rebondissements, un enchaînement de situations et un dénouement façon polar. L’enquêteur est secondé par l’I.A. de son gros vaisseau qui lui permet de parcourir la galaxie. Ce même enquêteur considère son adjoint, du sexe opposé évidemment, avec condescendance, non sans lui trouver quelques qualités.
Bref, un pitch classique entre Nestor Burma et Asimov qui entre complètement dans les codes du genre. À un petit détail près. Le personnage principal, le capitaine Akatz, est une femme, tout comme la dirigeante de la planète, et comme la colonelle de l’Agence. De façon globale, le pouvoir est entre les mains des femmes, les hommes sont réduits à peu de chose dans un matriarcat qui renverse ce roman de genre.

Voici donc un trio : notre capitaine, hybride féline entrainée et dangereuse, son vaisseau à l’I.A. presque aussi efficace que jalouse, et son adjoint, prêt à tout pour gagner le respect de sa supérieure, mais atteint du mal handicapant les hommes: son jugement est obscurci en présence des femmes séduisantes. Ce trio va devoir comprendre qui en veut à la reine, qui a enlevé l’héritier et quels sont les éléments cachés de la politique de ce monde. Nous aurons l’occasion de voir également des mouvements pour l’émancipation de l’homme essayer d’obtenir des droits avec différentes formes de luttes, soit uniquement politiques soit plus conflictuelles.
Le cadre reste très SF, avec des voitures intelligentes bien plus convaincantes que Tesla Motors et de façon plus générale un recours à la robotique et aux I.A. Un petit coup de cœur pour la distinction entre les I.A. purement fonctionnelles et les I.A. ayant développé une vraie personnalité et capable de beaucoup plus de choses, y compris parfois l’arrogance purement humaine.

Le roman se lit donc très bien, le style est léger, le rythme est soutenu. Et le matriarcat, s’il semble extrême d’un premier abord, est en fait très bien senti, car finalement très proche d’être l’exact opposé de la plupart des travers de notre propre société. Si le procédé n’est pas unique, il est ici bien efficace, mais il est évident que ce livre ne plaira pas à ceux qui aiment que les hommes blanc hétéro soient les seuls héros.

Et petit bonus, comme il restait de la place, le livre contient deux nouvelles qui permettent de revoir les attachants personnages pour d’autres aventures. De quoi nous convaincre qu’on aimerait les revoir dans un prochain récit.