Manesh, par Stefan Platteau

10 avril 2015 par Sylfraor

Couverture par Melchior Ascaride

Couverture par Melchior Ascaride

Rencontre des Imaginales 2014, je reviens avec « quelques volumes » dont un joli, mais imposant Manesh. Lecture à la fin de l’année, voici le temps de sa chronique.

Avant de parler du contenu, quelques mots sur l’objet lui-même, parce que les Moutons Électriques font de jolis efforts avec leurs livres de cette collection. Si je ne suis pas pour les jaquettes en papier glacé, le reste de l’objet est bien réussi, avec des cahiers qui ne sont pas massicotés, mais bien entiers, un contrefil, un dos qui n’a pas peur d’être ouvert malgré l’embonpoint de ce premier volume. Bref, un vrai livre dans un monde où l’on fait de plus en plus de l’impression au format ramette de papier, ça me fait plaisir.

Ceci dit, je ne vais pas faire une chronique juste pour ça, alors qu’il y a beaucoup d’autres choses à dire de Manesh. Commençons par dire du mal de son auteur et de « les sentiers des astres I ». En effet, le 1 présent dans le titre sera très sensible après de nombreuses heures de lectures puisqu’il sera alors évident que nous n’aurons pas de dénouement. Comme le livre est excellent, il n’y a pas de doute sur l’achat de la suite… Ce genre de procédé honteux est complètement maîtrisé par Stefan, avec un crescendo dans le rythme qui culmine exactement là où le livre se termine.

Ce point étant dit, le livre est un récit de pure fantaisie, dans un univers original, aux panthéon et bestiaire différents de ce que l’on peut croiser ailleurs (et sans dragon donc…). Nous avons un grand géant flamboyant, une troupe mystérieuse de porcs menés par un dangereux porcher, et deux peuples ancestraux qui laissent des traces bien visibles sur le monde actuel, les lunaires et les solaires. Certains représentants de ces peuples arpentent encore les rives peu explorées.

C’est sur le cours d’un fleuve que démarre la narration, avec un équipage aventureux sur deux gabarres, partant vers le nord chercher on ne sait quoi dans l’intérêt d’une faction soutenant une famille déchue du pouvoir royal. Un barde présent sur le bateau tient un journal de ce voyage et c’est sa plume qui nous parvient. Le premier élément notable est le repêchage d’un blessé à la dérive. Ce blessé, Manesh, est au centre d’un second fil.
Le texte va alterner entre « Le dit de Fintan Calathynn » et « Le Récit du bâtard », suivant que nous suivons les gabarres ou que Manesh raconte, mais pas trop rapidement, son chemin jusqu’à cette branche dérivante qui a été repêchée.

Si le rythme est un peu lent au démarrage, le voyage est magnifié par les mots, car l’écriture est belle, tant par la tournure que par le monde décrit. On acquiert l’âme d’un voyageur en restant dans son canapé à lire ce texte et l’on se dit qu’un barde, ça tourne joliment ses mots. Une étape en particulier, sur une île avec des ruines, nous plonge dans un lieu et un moment qui nous sortent complètement de ce triste 21e siècle.

Et une fois que l’histoire racontée se met en marche, c’est un peu comme une avalanche, un peu d’accélération, trois boules de neige qui roulent et d’un coup, c’est tout qui glisse à toute vitesse. Arrivent alors des moments de plus en plus épiques et une montée de tension. Cela nous fait vraiment oublier les chapitres plus lents et nous fait vivre les derniers rebondissements à plein. Jusqu’à l’arrivée du dernier chapitre, où l’on se dit qu’il en aurait fallu un de plus pour ne pas être frustré.

Pour peu que l’on aime les belles phrases et voyager dans un monde fantastique, ce roman est une superbe expérience, que nous conseillons sans réserve. Nous prévenons simplement Stefan qu’il est clairement attendu pour la suite et qu’il n’a pas intérêt à nous refaire le coup du dernier chapitre encore une fois.