Tangram, par Nathalie Dau

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7 avril 2015 par Sylfraor

Illustration Mathieu Coudray

Illustration Mathieu Coudray

Contrairement aux chanceux qui ont eu le dernier roman de Nathalie entre les mains à Trolls & Légendes (Mons), nous sommes toujours en train d’attendre de recevoir le nôtre. En attendant, c’est un drôle de puzzle que nous venons de lire.

Le Tangram, comme chacun le sait, c’est un parallélogramme, un carré et cinq triangles (deux petits, deux grands et un moyen, tous avec un angle droit). Avec ces formes, il faut en refaire d’autres, plus grandes, qui représentent différentes images.

Quel lien avec ce livre ? Celui-ci est le résultat de l’assemblage de sept textes de forme et de taille différente, qui ont comme principal point commun d’être écrits par Nathalie Dau.

Et à ce stade de ma chronique, je me demande maintenant comment je vais pouvoir décrire ce qu’a été ma lecture alors que ce sont bien sept lectures que j’ai vécues. Sept œuvres donc, je vais parler de trois d’entre elles, non pas que les autres ne soient pas bien, mais j’essaie de rendre l’âme du recueil plutôt que son inventaire. Attention, tous les textes ne sont pas optimistes, certains montrent des cicatrices dont nous ne soupçonnions pas l’existence chez leur auteur.

Je vais donc commencer par Owein, une histoire d’amour et de souffrance avec le chevalier au lion et sa fée. Elle parle également du monde moderne où certains mènent un combat sans espoir de triomphe, simplement pour rester conformes à leurs idéaux. Ce texte est très proche des écrits que nous connaissons déjà de Nathalie dans ses contes myalgiques, premier volume, les mots y sonnent et l’amour et les fées sont là pour faire marcher l’alchimie. 

Avec dans trois jours nous nous retrouverons, nous avons un thème qui va revenir plusieurs fois dans Tangram, celui d’une enfant qui subira le pire de ce que les adultes peuvent faire. Histoire fantastique, la petite Mary Ketty perd sa maman et attend de la revoir dans trois jours, comme elle lui a promis. Sans concession, on voit comment l’enfance peut sombrer lorsque la cruauté de certains se combine à l’aveuglement de celui qui doit protéger. D’une traite, comme une gifle, l’histoire percute et prend au dépourvu, et l’on est profondément affecté par ces lignes. Les derniers mots demandent de l’aide et l’on souhaite ne pas être aveugle le jour où une autre Mary Ketty aura besoin de nous. 

Enfin, le morceau le plus important est le Bleu Puzzle. D’abord, parce qu’il est nettement plus long et étoffé que les autres textes, mais aussi parce qu’il titille ceux qui ont lu d’autres choses autour du livre de l’énigme.

Le puzzle est fait de fragment d’histoires, de destinées inachevées qui ont pourtant un lien. Ce lien, bien que ténu, pousse à une convergence vers une âme qui attend. Sur le chemin, d’autres personnages interviennent, des médecins incapables de comprendre la cause d’un mal, un lord anglais consacrant son temps et sa fortune à une curieuse collection, d’autres mondes sont évoqués, séparés les uns des autres par des puissances bien plus fortes que ce que les âmes savent franchir. L’histoire avance avec une découverte au fil des chapitres. Des fois, le morceau fait bien avancer le dessin, et des fois la pièce reste mystérieuse. Le contenu est finalement la mise en place d’un destin épique dont le récit ne dira que peu de choses, laissant juste une invitation à franchir la porte qui s’ouvre pour voir si le ciel est plus bleu de l’autre côté. 

Comme toujours, on retrouve dans ce recueil la plume aiguisée de Nathalie Dau, aux mots justes et poétiques. On y retrouve également des emprunts plus ou moins marqués à la mythologie, qu’elle soit grecque (notamment dans A couteau, qui revisite le mythe d’Apollon et de Marsyas), celte (dans trois jours nous nous retrouverons), biblique (Terra Amata), ou qu’il s’agisse de sa mythologie personnelle du bleu que l’on retrouvera de façon plus développée dans les romans de Nathalie.

Mais les mots si bien maniés peuvent aussi bien envoûter par leur poésie, que blesser par leur acuité lorsqu’ils sont au service d’une histoire sombre ou cruelle. Ainsi vont la magie et la féérie, je suppose ; les desseins qu’elles servent ne sont ni bons ni mauvais, et c’est leur part d’ombre que certaines histoires mettent douloureusement en avant. Dans tous les cas, on ne ressort pas indemne de la lecture de ce Tangram, sans toutefois avoir une idée claire de l’image qui pourrait résulter de l’assemblage de ces pièces éparses…

Tangram de Chat

Une réflexion sur “Tangram, par Nathalie Dau

  1. […] parlé de certains de ses recueils de nouvelles, les contes myalgiques ainsi que le plus ancien Tangram. Ce nouveau livre s’inscrit dans la continuité des précédents, donnant a posteriori une vraie […]

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