La guerrière fantôme (Les chroniques de Siwès 1), par Lise Syven

16 avril 2015 par Lodael

Illustration Vincent Devault (Yogh)

Illustration Vincent Devault (Yogh)

Une jeune fille ordinaire, étudiante sans histoire, se retrouve projetée nuit après nuit dans un autre monde nommé Es. Attirée par des cloches mystérieuses, elle se retrouve prise au milieu d’un conflit entre les cités du cinquième cercle et l’empire du Lluhan qui cherche à asseoir sa domination en usant d’une magie terrifiante.

Notre héroïne se nomme Siwès lorsqu’elle est sur Es, seul monde qui semble vraiment tangible au fil de l’histoire. Sa vie « réelle » n’apparaît qu’en filigrane, pour évoquer l’inquiétude d’une mère, la fatigue d’un corps de jeune fille, le manque d’intérêt des études. Car, pour Siwès, c’est une évidence : Es est bien réel, et elle n’attend qu’une chose, s’endormir pour y retourner et infléchir le cours de la guerre qui semble pourtant inéluctable. Cette volonté vient en premier lieu de son attachement à ceux qu’elle a pu y rencontrer, notamment Tadjal, un tigre aux pouvoirs mystérieux qui est en quelque sorte son lien avec le monde d’Es. Cet irrésistible besoin de venir sur Es tient également aux pouvoirs qu’elle y détient. Guerrière fantôme, ses pouvoirs semblent n’avoir d’autre limite que sa volonté et ce que ses peurs pourraient lui imposer. Qui pourrait résister à un si puissant appel devant la monotonie d’un quotidien bien fade ?

La guerrière fantôme est une lecture agréable et prenante, une plongée dans de la fantasy « classique » mêlant créatures merveilleuses et magies puissantes qui s’affrontent au travers de leurs serviteurs humains ou non. J’ai beaucoup aimé les adiales, créatures lumineuses ayant de fortes personnalités, qui servent parfois de monture à certains humains, peuvent communiquer avec eux, et développent parfois un lien fort avec leurs cavaliers. Les dragons, eux, sont un peuple à part dont les motivations sont assez éloignées du monde des humains, et qui rechigne à prendre part aux conflits de peur de rompre un certain équilibre.

J’aurais adoré ce livre si, adolescente, je l’avais eu entre les mains. Il fait écho à des rêves communs à nombre de jeunes dans cette période souvent difficile : la découverte de pouvoirs cachés permettant une évasion et une revanche sur les maux de l’adolescence. Le lisant aujourd’hui, je dois avouer que j’ai eu un peu plus de mal à rentrer dans l’histoire, car je trouvais que Siwès manquait de consistance, sa psychologie étant finalement assez peu explorée. Cela est d’ailleurs un ingrédient essentiel de l’évasion que j’évoquais plus haut, car il facilite l’identification au personnage principal. J’aurais aussi apprécié une progression un peu plus graduelle dans sa montée en puissance et l’acquisition de ses pouvoirs bien qu’elle ait eu, il est vrai, quelques obstacles à surmonter.

Ces bémols ne m’ont pas empêchée d’apprécier ma lecture et, au fil de l’histoire, de me prendre dans l’intrigue et de m’attacher aux personnages. Car, si notre Siwès est un peu fade à mon goût, les autres personnages d’Es sont davantage travaillés et ont une présence et une personnalité que l’on apprécie au fil du temps. Si l’on n’a aucun doute sur le camp dans lequel se situent les méchants qu’il faut combattre, chez les personnages, cette démarcation n’est pas aussi nette, heureusement. Je pense notamment à Baxian, qui est pour moi le personnage le plus intéressant et attachant de l’histoire, tiraillé entre son rôle d’espion loyal à ses camarades et ses racines qui se rappellent à lui dans des moments critiques… J’ai l’impression qu’il prendra de l’ampleur dans le second tome, ce qui me donne hâte de le lire. D’autres personnages prennent aussi de l’importance au fil du récit, notamment Tomas, comparse de Baxian, et les archères Olienne et Tila. Le lien entre Siwès et Tadjal, ainsi que le mystère de ce dernier, sont également des aspects que j’ai appréciés et que j’espère voir développés par la suite.

En conclusion, l’histoire et le monde d’Es m’ont conquise et j’ai dévoré assez vite ce roman qui se lit facilement, m’attachant aux personnages et aux créatures qui peuplent ce monde. L’intrigue en elle-même est bien ficelée, et l’on ne termine ce roman qu’avec une hâte, retrouver les protagonistes dans le tome 2. Cela tombe bien, Le lion à la langue fourchue sort bientôt aux éditions du Riez, et je le lirai avec grand plaisir.