Les Imaginales 2015, troisième partie: ma folle journée avec Robin Hobb

28 juin 2015 par Lodael

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Robin Hobb, c’est une star de la fantasy américaine, une auteure prolifique à qui l’on doit notamment la trilogie L’Assassin Royal, ainsi que Les Aventuriers de la mer (Liveship traders en VO). Je l’ai découverte par hasard, en flânant dans la librairie La Griffe Noire, non loin de mon lycée, il y a de cela quinze ans, ce qui ne nous rajeunit pas (enfin, surtout moi). En plongeant dans cet univers, j’ai senti que la magie n’était pas seulement présente dans les Six-Duchés, mais qu’elle sourdait des mots que je lisais pour s’inscrire profondément en moi et me changer durablement. Pensez-vous que j’exagère ? Je suis persuadée qu’il en est de certaines lectures comme des rencontres : pour qu’elles soient spéciales, il faut que les conditions soient réunies, que le moment soit parfait. Si je l’avais découvert cinq ans plus tard, ce livre ne m’aurait pas fait le même effet. En l’occurrence, c’était peut-être le roman dont j’avais besoin à ce moment-là de mon existence. Cela fait donc quinze ans que je reviens, régulièrement, vers les aventures de Fitz et les Six-Duchés, comme on retourne avec un plaisir teinté de nostalgie dans une maison de vacances à laquelle se rattachent de précieux souvenirs. Le goût n’est plus le même, il ne sera jamais identique à cette première rencontre, mais ces moments n’en restent pas moins précieux. Voilà donc pourquoi rencontrer enfin Robin Hobb revêtait pour moi une signification particulière. Il n’est pas nécessaire de la connaître pour savoir que, derrière ces romans, se cache une personne exceptionnelle, simple, humaine et profondément attachante.

La rencontre tant attendue !

La rencontre tant attendue !

Venons-en à ces Imaginales 2015. Si je savais que Robin Hobb y serait présente, je n’osais espérer lui adresser davantage que quelques mots, imaginant (avec raison !) la file d’attente interminable devant sa table de dédicace. Or, quelques jours avant le début du festival, je vois sur Facebook qu’Allisonline annonce qu’elle pourra déjeuner avec Robin Hobb le dimanche des Imaginales ! Quelques messages, un tour sur le site du festival et un coup de téléphone plus tard, me voilà inscrite à la rencontre. J’ose à peine y croire : il y a dix-sept personnes de prévues, en comptant Robin et un accompagnateur, et j’ai eu la dernière place disponible. Je n’ai même pas pris le temps de voir avec mon conjoint s’il était d’accord pour garder bébé pendant ce temps-là, mais que voulez-vous, dans la vie, il y a des cas de force majeure. Et, le jour dit, à midi à peine passé au restaurant prévu, je me retrouve en compagnie de deux demoiselles sympathiques, elles aussi en avance : le rendez-vous est à 12 h 30. Le restaurant nous avait prévu une table tout en longueur, ce qui n’est pas idéal pour ce type de rencontre ! Nous décidons stratégiquement de réserver la place du milieu à Robin, et, sans vergogne, je m’installe juste en face. Petit à petit, la table se remplit, et quand Robin arrive — accompagné du très sympathique et très érudit Jean-Luc Rivera, l’organisateur du festival de Sèvre — cela ne rate pas, elle se retrouve pile en face de moi.

Robin Hobb (et son chicken-and-chips) et Jean-Luc Rivera (et son tartare de boeuf)

Robin Hobb (et son chicken-and-chips) et Jean-Luc Rivera (et son tartare de bœuf)

Robin s’intéresse à ce que nous pensons du festival, nous demande si, à notre avis, il s’étendra à d’autres formes d’art telles que le manga ou le cinéma, et combien de fois nous sommes venues aux Imaginales. Elle parle d’autres festivals en France qu’elle aimerait faire, comme Geekopolis. Nous engageons la discussion sur la prédominance des auteurs de fantasy anglo-saxons dans les rayons des librairies en France. Robin nous explique que c’est l’un de ses chevaux de bataille : montrer au monde de l’édition anglophone qu’il existe de très bons auteurs de science-fiction et fantasy dans d’autres pays. Elle mentionne, par exemple, l’interview commune qu’elle a faite avec Yoss, auteur cubain de science-fiction, quelques semaines plus tôt. Elle nous parle également de ses aléas d’écrivain, à qui l’éditeur coupe arbitrairement un tome à 3500 mots de la fin, lui laissant le soin de racrocher les morceaux avec le tome suivant (cela arrive donc même aux plus célèbres). Elle nous dit, en passant, qu’elle pense pouvoir écrire encore vingt ans, soit une vingtaine de livres, avant que ses mains ne la lâchent. Il s’ensuit une discussion intéressante sur la différence entre l’écriture au clavier et la dictée orale. Le temps passe trop vite : Robin grignote à peine son chicken-and-chips, tant elle est sollicitée. Je tente de ne pas trop enchaîner les questions, pour lui laisser le temps de manger…

Photo volée juste avant le changement de place de Robin !

Photo volée juste avant le changement de place de Robin !

Je suis impressionnée par sa patience, sa courtoisie et sa gentillesse. Même quand il s’agit de répondre à des questions qu’elle a dû entendre des dizaines de fois, au sujet de la suite de ses romans, par exemple. Voilà ensuite que Jean-Luc lui propose de changer de place, histoire que d’autres en profitent, et Robin se retrouve justement à côté d’Allison. Là, j’ai plus de mal à suivre la conversation, qui semble très détendue. Robin passe la fin du repas à montrer des photos de ses chats sur son téléphone ! Vient enfin une séance dédicace-photos, puis… Le départ.

De l'autre côté de la table, l'ambiance a l'air bonne...

De l’autre côté de la table, l’ambiance a l’air bonne…

Je suis dans un état second, euphorique. Je décide, dans un élan soudain, qu’il faut absolument que je lui écrive. De retour au festival, étant de garde à mon tour, je me retrouve ainsi attablée à la buvette avec un bébé endormi en portage, à noircir des lignes dans un beau carnet orné de chats stylisés que j’avais apporté (partant du principe qu’il faut toujours avoir un carnet sur soi, même si on ne sait pas pourquoi). Naturellement, le temps que je finisse, Robin n’était plus à sa table de dédicace : elle était partie se reposer à son hôtel. Heureusement, mon cher et tendre prit les choses en main, et questionna habilement Jean-Luc Rivera qui nous affirma que Robin allait revenir pour le pot de clôture. Nous patientons donc jusque-là (ce qui me donna l’occasion de parler avec Allison et Johanne de Livresse des mots). Lorsque Robin revint, accompagnée de sa charmante assistante qui se trouve être sa fille, je me dirigeai timidement vers le groupe qu’elles formaient avec Jean-Luc.

Robin et sa fille Kat, écoutant le discours de clôture du festival

Robin et sa fille Kat, écoutant le discours de clôture du festival

Je n’osais pas m’approcher, et voyais déjà d’autres « fans » tenter des manœuvres de contournement pour me griller la priorité. Fort heureusement, Jean-Luc vit ma détresse, et dit à Robin « je crois qu’elle a quelque chose pour toi » en me montrant, avec mon pauvre carnet à la main. Je lui fis mon cadeau, qu’elle ne comprit tout d’abord pas bien (elle croyait que je voulais qu’elle m’écrive quelque chose dans le carnet), puis elle me remercia poliment. Je m’éloignai lentement, mon devoir accompli. Elle me vit retrouver mon mari, qui portait bébé dans ses bras, et là… le Miracle se produisit !

Je vais vous donner à présent la recette d’un sortilège très spécial, pour conclure cette chronique. Ce sort s’intitule « grand-morphisation d’écrivain ». Pour réussir ce sort, munissez-vous d’abord d’un ingrédient de type « bébé ». Mais attention ! Vous prendrez soin de le choisir très beau, avenant, et surtout souriant ! Assurez-vous d’être à proximité d’une cible de type « écrivain célèbre », possédant également la caractéristique « grand-mère ». Ensuite, toute la réussite dépend de l’habileté avec laquelle vous arriverez à mettre l’ingrédient en question dans le champ de vision de la cible. En effet, c’est un sort qui n’agit qu’à courte distance, avec un contact visuel. Vous noterez également que l’efficacité du sort est d’autant plus grande que la cible est grand-mère de plusieurs petits-enfants (sept, de mémoire), et que l’une de ses filles, présente, a laissé chez elle un bébé d’un âge proche de celui de votre ingrédient-clé. Une fois toutes ces conditions réunies, vous n’aurez plus qu’à assister à une séance de « gagatisation » de votre cible, dont voici un extrait :

— Say Hi !

— Aheuuu (dit complaisamment votre progéniture avec son meilleur sourire)

— No, hi !

La suite se brouille un peu dans mon souvenir. Je crois avoir parlé (bébé, bien sûr) avec Robin et sa fille. Nous avons été interrompues par les discours de clôture. Mais, après avoir passé un peu de temps à discuter avec diverses personnes, puis décidé qu’il était temps d’aller manger pour nous coucher sagement, nous sommes repassés devant elles avec la poussette, et là… Le sort fonctionna une deuxième fois !

Robin Hobb et sa fille en pleine séance de

Robin Hobb et sa fille en pleine séance de « say hi ! »

Je n’ai qu’une chose à dire pour conclure : mon fils, tu m’as offert la meilleure fête des Mères dont je pouvais rêver.